« Notre rôle est de créer des événements profondément ancrés dans leurs communautés locales » Alejandro Ochoa, directeur de la région Amérique latine chez UTMB Group
À la tête du développement du circuit UTMB World Series en Amérique latine, Alejandro Ochoa accompagne l’essor du trail running dans une région en pleine expansion. Entre défis logistiques, contextes parfois instables et nécessité d’un fort ancrage territorial, il explique comment le trail dépasse aujourd’hui le simple cadre sportif pour devenir un véritable levier d’impact social, culturel et humain.
1. Quel est votre rôle au sein d’UTMB Group ?
Je suis en charge du développement du circuit UTMB World Series en Amérique latine. J’ai rejoint UTMB Group il y a bientôt cinq ans avec l’objectif de structurer et d’étendre le circuit dans toute la région. Nous avons notamment lancé Puerto Vallarta Mexico by UTMB, dont la quatrième édition vient de se tenir. Aujourd’hui, le circuit regroupe sept événements répartis entre le Brésil, le Chili, l’Équateur, l’Argentine et le Mexique.
2. À quoi ressemble une journée type dans votre fonction ?
Mon quotidien est assez particulier, notamment à cause du décalage horaire. Installé en France, j’organise mes journées à Annecy entre un travail stratégique de long terme autour du développement du circuit et des échanges plus opérationnels avec les équipes basées en Amérique latine. Ces discussions ont généralement lieu plus tard dans la journée, lorsque l’activité démarre là-bas. Cela crée un rythme assez singulier, entre coordination stratégique et gestion du terrain.
3. Qu’est-ce qui vous motive le plus au quotidien ?
Ce qui me motive avant tout, c’est la dimension humaine et culturelle. Chaque pays possède ses propres réalités, et il est essentiel de les comprendre pour construire des événements porteurs de sens, tout en restant fidèles à l’ADN des UTMB World Series. Mais au-delà de l’aspect sportif, il s’agit surtout de démontrer que le trail running peut générer un véritable impact social, environnemental et humain pour les communautés locales.
L’objectif est que chaque événement ait un impact réel bien au-delà de la course elle-même.
Alejandro Ochoa
4. Comment travaillez-vous concrètement pour créer des expériences locales fortes ?
Tout commence par le choix des organisateurs locaux. Ce sont des acteurs déjà profondément engagés sur leur territoire et particulièrement sensibles aux enjeux culturels, sociaux et environnementaux de leur région. Leur connaissance du terrain est essentielle, et ce sont eux qui portent naturellement de nombreuses initiatives locales, qu’il s’agisse de projets sociaux, d’actions environnementales ou de soutien aux communautés. De notre côté, nous sommes surtout là pour les accompagner lorsque cela est nécessaire, partager des ressources ou aider certains projets à prendre davantage d’ampleur. L’idée est que chaque événement laisse une empreinte positive durable, au-delà de la seule compétition.
5. Puerto Vallarta Mexico by UTMB a récemment dû faire face à plusieurs difficultés au Mexique. Comment gère-t-on ce type de situation en tant qu’organisateur ?
Cela a représenté un vrai défi. Nous avons dû reporter l’événement d’un mois et demi afin de garantir des conditions de sécurité optimales, en étroite collaboration avec les autorités locales. La priorité absolue a toujours été la sécurité des coureurs, des équipes et des bénévoles. Ce qui nous a particulièrement marqués, c’est la résilience de la communauté locale. Malgré les contraintes, l’atmosphère sur place est restée extrêmement positive. Les participants ont réussi à se concentrer sur l’expérience vécue, en laissant presque de côté les difficultés traversées auparavant.
6. Plus personnellement, comment avez-vous vécu cette situation ?
Connaissant bien la région, je sais que certaines réalités, comme l’insécurité, font malheureusement partie du quotidien local, même si elles peuvent paraître plus inquiétantes vues de l’étranger. Dans ce cas précis, les populations locales et les touristes n’étaient pas directement concernés, mais la perception extérieure a forcément eu un impact. Notre rôle consiste donc aussi à rassurer, expliquer la situation avec transparence et prendre des décisions responsables.
7. Comment voyez-vous l’évolution du trail running en Amérique latine ?
Il reste énormément à construire, et c’est justement ce qui rend cette région passionnante. Le trail running y est encore moins développé qu’en Europe ou aux États-Unis, ce qui offre l’opportunité de poser des bases solides dès le départ, avec des standards élevés et une vision durable. Dans certains pays comme le Mexique ou l’Argentine, la discipline est déjà bien implantée, mais ailleurs, tout reste encore à bâtir.
8. En 2025, vous avez terminé l’UTMB. En quoi votre expérience de traileur influence-t-elle aujourd’hui votre manière de travailler ?
Mon expérience de coureur influence énormément ma façon de travailler. Je suis convaincu qu’il est impossible de concevoir une expérience complète sans l’avoir soi-même vécue. C’est pourquoi je participe régulièrement à des courses, même sur des formats plus courts, afin de tester les parcours, les ravitaillements ou encore les dispositifs de sécurité. Ce retour du terrain est indispensable et vient compléter les analyses de données ainsi que les enquêtes réalisées auprès des participants.
9. Si vous deviez résumer en une phrase ce que représente le trail running pour vous ?
Le trail running a le pouvoir de transformer une vie. C’est un équilibre entre le corps et l’esprit, un moment de connexion avec la nature, mais aussi une source quotidienne d’énergie et de bien-être.