Skip to Content
01 avril 2026

Ella Peyrard : quand maternité et ultra-trail vont de pair

Après avoir mis en place une politique de grossesse pionnière en 2023, UTMB® World Series a récemment élargi son engagement pour l’inclusion en faisant évoluer sa politique d’accompagnement vers la parentalité. Renforcée en 2026, cette nouvelle politique intègre désormais les différentes formes de parentalité et de parcours de vie : grossesse, parcours de procréation médicalement assistée (PMA), adoption, gestation pour autrui.

Cette initiative vise à faciliter l’accueil d’un enfant mais aussi la reprise de l’athlète par le biais de reports d’inscription, remboursements en cas d’annulation pour grossesse, ou d’accès prioritaire aux courses. Pour illustrer concrètement l’impact de cette politique, nous avons rencontré Ella Peyrard, athlète de trail passionnée et jeune maman, qui a pris le temps de nous partager son parcours et son expérience de la maternité et du sport, avec sincérité et sans détour.

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours sportif avant la maternité ?

Ella : « J’ai 31 ans, je vis dans l’Ain, près de Lyon, et je pratique le trail depuis 2019. Avant ma grossesse, je participais principalement à des ultra-trails de plus de 100 km, plusieurs fois par an. Mon premier long trail a été l’Échappée Belle, puis j’ai enchaîné avec des courses comme la Diagonale des Fous, le Lavaredo et l’UTMB. Au départ, je n’avais pas de progression très structurée, je me lançais directement sur de longues distances, mais j’avais chaque année un objectif majeur. »

Comment avez-vous vécu l’annonce de votre grossesse par rapport à votre projet UTMB 2024 ?

Ella : « J’avais ce projet de maternité déjà en tête, mais je ne voulais pas me bloquer dans mes objectifs à cause de cela, car on ne sait jamais combien de temps ça peut prendre. Je me suis donc dit : Je me lance dans l’objectif UTMB ! J’avais déjà entendu parler de la politique grossesse en place, alors je me suis inscrite sans me mettre de barrières et j’ai pensé : advienne que pourra. J’étais complètement concentrée sur l’UTMB, tout était organisé autour de ça, et tout le monde était prêt à venir me soutenir à Chamonix. Lorsque j’ai découvert ma grossesse, au début, je me suis dit “ce n’est pas grave, je continue à planifier l’UTMB” comme c’était ma ligne directrice de l’année. Mais rapidement, j’ai réalisé que pour des raisons de sécurité et de performance, ce n’était pas raisonnable. Heureusement, la politique de parentalité existante m’a permis de prendre cette décision en toute confiance et de voir qu’elle fonctionnait réellement ! »

Comment s’est passée votre interaction avec les équipes UTMB et la mise en place de la politique ?

Ella : « Au début, c’était un peu flou, car en 2024 la politique était moins détaillée qu’aujourd’hui. J’ai donc envoyé un mail au contact général, sans vraiment savoir à quoi m’attendre. J’ai reçu une réponse dans les jours qui ont suivi. Même si tout n’était pas très clair dans les échanges, j’ai pu obtenir l’annulation et le remboursement de mon inscription. Sur mon compte, il n’y avait que la mention “annulé”, et comme une amie était dans le même cas, nous ne savions pas trop comment cela allait se dérouler ni si c’était bien pris en compte. Finalement, j’ai été remboursée et j’ai pu reporter ma participation, avec une priorité d’inscription pour l’année suivante. Cette année, j’ai renvoyé un mail et j’ai eu une réponse immédiatement. Je trouve que cette mise en place est vraiment efficace : elle permet de continuer à être athlète sans avoir à choisir entre différents projets ou à gérer toute la partie administrative. Ne pas avoir à repasser par le tirage au sort aide énormément à planifier son année et réduit la charge mentale. Cela permet de se concentrer sur l’entraînement et l’organisation personnelle, sans stress supplémentaire. »

Comment avez-vous repris le trail après l’arrivée de votre fils Noah ?

Ella : « J’ai eu une grossesse pathologique et j’ai dû arrêter le sport dès le sixième mois, donc je n’avais plus le droit de courir. Cette pause m’a laissé le temps de ressentir une certaine frustration, et dès que j’ai pu, j’avais une seule envie : reprendre la course à pied. Pour pouvoir bénéficier de la politique de grossesse, il fallait avoir un UTMB Index valide. Comme ma grossesse est intervenue mi‑2024 et que je n’avais pas couru depuis 2023, mon index était invalide. J’ai donc décidé de m’inscrire au Nice Côte d’Azur by UTMB en septembre 2025 pour le réactiver. Sans ce désir de participer à l’UTMB, je n’aurais probablement pas pris ce départ, car neuf mois post‑partum, c’était assez ambitieux. Heureusement, les équipes UTMB ont été très compréhensives et m’ont proposé des aménagements, comme un pass organisation pour faciliter l’accès au départ. Ce sont de petites attentions qui font une vraie différence pour une jeune maman et améliorent l’expérience globale. J’ai donc pu courir cette course de 100 km en septembre. Cette reprise m’a redonné des sensations nouvelles et une motivation renforcée sachant que mon petit bout m’attendait aux ravitaillements et à l’arrivée ! Je planifie déjà ma participation à l’UTMB en 2026. Nous aimerions avoir plusieurs enfants, et je ne sais pas exactement ce que nous réservent 2027 et 2028, donc j’ai préféré ne pas attendre et réaliser ce projet qui me tenait à cœur depuis 2024, plutôt que de le reporter. »

Quelle est votre vision de la maternité combinée à la pratique sportive aujourd’hui ?

Ella : « Avant de devenir maman, je pensais que maternité et trail étaient complétement compatibles, je disais à tout le monde que je pourrai quand même aller m'entraîner en montagne les weekends. Mais le vivre concrètement est différent. Grâce à notre organisation familiale et aux dispositifs adaptés sur les courses, je peux continuer à courir tout en étant pleinement présente pour mon enfant. Mon conjoint et moi-même essayons d’optimiser au mieux notre coordination petit à petit, pour que chacun puisse y trouver son compte et rendre cette parentalité compatible avec notre mode de vie. Le fait d’avoir déjà pu reprendre les courses montre que c’est tout à fait compatible avec une vie de maman et un travail à temps plein. Tout est finalement une question de priorités et d’organisation au quotidien. Il faut apprendre à gérer son temps différemment, mais c’est tout à fait possible. De mon côté, la maternité est justement devenue une force supplémentaire : je cours avec encore plus de motivation, car mon objectif est de retrouver mon fils à l’arrivée et de montrer l’exemple. »

Qu’est-ce qui a changé selon toi concernant la maternité dans le sport ?

Ella : « Je pense que les mentalités évoluent beaucoup, notamment parce que le sujet est de plus en plus médiatisé. On voit davantage d’athlètes de haut niveau qui montrent qu’il est possible de continuer à pratiquer après être devenue mère. Cela contribue à changer le regard de tout le monde. Personnellement, je n’ai jamais reçu de remarques négatives du type “tu es folle de courir” ou “tu devrais rester à la maison avec ton bébé”. Au contraire, j’ai été très bien entourée et soutenue pour que tout se passe au mieux. Certaines athlètes m’ont aussi beaucoup inspirée. Par exemple, Marion Delespierre venait d’accoucher au moment où je suis tombée enceinte. Suivre son parcours et son expérience m’a beaucoup aidée. Aujourd’hui, il y a également de plus en plus de podcasts et de contenus qui abordent ces sujets. Cela permet aux femmes de mieux s’informer, de se projeter et de savoir comment s’organiser. »

La maternité n’est pas du tout un frein au sport, au contraire, cela peut devenir une force incroyable

Ella Peyrard

Quels conseils aimeriez-vous transmettre aux athlètes parents et aux organisateurs de courses ?

Ella : « Mon message principal aux athlètes, c’est que la maternité n’est pas du tout un frein au sport, au contraire, cela peut devenir une force incroyable. Comme je l’ai dit, quand on devient maman, on ne court plus seulement pour soi. On court parce qu’on a choisi d’être là, parce qu’on veut se dépasser, et pour ma part pour retrouver le plus rapidement possible mon bébé ! Personnellement, je trouve que ça décuple l’engagement : on se donne à fond, encore plus qu’avant. Si on se fait confiance dans ses choix et qu’on s’organise, on peut vraiment aller loin. Donc j’encourage les femmes à ne pas hésiter à continuer à s’inscrire sur des longues distances, même après avoir eu un enfant. Et puis j’aimerais aussi dire merci aux organisateurs qui mettent en place ces politiques de parentalité. Ce n’est pas un cadeau fait aux femmes : c’est simplement une façon de nous permettre de rester dans le sport sans avoir à choisir entre être sportive et être maman. Le fait de reconnaître officiellement la grossesse, non pas comme une maladie mais comme une étape de vie, c’est super et très important. Pour la suite, je pense qu’il faut continuer à développer des dispositifs qui facilitent la reprise après une naissance : par exemple des aménagements pour l’allaitement ou pour les jeunes mamans sur les événements. À Nice, j’ai dû demander un pass spécifique et expliquer ma situation. Ce sont des choses qui pourraient peut-être être proposées plus spontanément. Le point qui m’a semblé le plus compliqué cette année concerne l’UTMB Index valide. Cela peut obliger certaines femmes à reprendre la compétition très tôt pour le réactiver, alors qu’après une grossesse on préfère souvent revenir progressivement. Par exemple, j’ai choisi de viser 2026, soit environ un an et demi après mon accouchement, pour reprendre à mon rythme. Peut-être qu’un peu plus de flexibilité sur ce point, en tenant compte du moment de l’accouchement et de la reprise sportive, pourrait encore améliorer l’accompagnement des athlètes. »

Quelles perspectives pour votre pratique sportive et la parentalité à l’avenir ?

Ella : « Cette année, je vise l’UTMB 2026 et d’autres courses intermédiaires pour reprendre progressivement. Nous souhaitons avoir plusieurs enfants, et la politique de parentalité du circuit UTMB World Series me donne la liberté de continuer à participer sans renoncer à mes objectifs. Je suis convaincue que, grâce à ce type de soutien, les barrières pour les femmes dans le sport d’endurance vont continuer à tomber. »